Une journée d’étude dédiée au DDF à Lyon

des intervenants dans une journée sur le DDF à Lyon

Le 7 octobre a eu lieu la journée d’étude autour du Dictionnaire des francophones à la Maison Internationale des Langues et des Cultures, à Lyon pour répondre à la question suivante : le DDF, un objet de recherche numérique, novateur et fédérateur ? C’est la deuxième fois que des chercheurs, universitaires et consorts se réunissent autour du DDF, suite à la rencontre à l’INALCO en octobre 2021. On vous fait le topo !

Ouverture

La matinée débuta avec une brève présentation du programme, suivi du mot d’introduction de Benoit Auclerc, maître de conférences en littérature française à l’Université Jean Moulin Lyon 3, directeur-adjoint de l’équipe MARGE. Après avoir excusé Manuel Jobert, directeur par intérim de l’Institut international pour la Francophonie et vice-président chargé de l’Europe, des relations internationales et de la francophonie, il a réaffirmé au nom de la présidence la fierté qu’un tel outil soit né à l’Université. Il rappela également la volonté de la présidence de l’Université d’œuvrer pour une recherche publique ouverte à tous, qualifiant le DDF d’outil original, stimulant par la conception de la langue qu’il porte : se faisant l’écho des langues, portant la diversité de la langue française et reflétant toutes les variétés du français de France. 

De gauche à droite, Rémi Gerbet (Wikimédia France), Nelly Porta (OIF), Benoit Auclerc (MARGE, Université Jean Moulin Lyon 3), Noé Gasparini (2IF, Université Jean Moulin Lyon 3).

Ce fut ensuite à Nelly Porta, directrice-adjointe « Langue française et diversité des cultures francophones » à l’Organisation Internationale pour la Francophonie de prendre la parole. Elle décrivit l’OIF comme un projet unique intergouvernemental et réparti sur 5 continents. Selon elle, le DDF, à l’image de l’OIF, est aussi un projet de coopération. Il s’est construit avec une langue, le français, qui fédère les pays en une coopération horizontale. Le français est un bien commun à l’ensemble des francophones. La jeunesse francophone sera africaine ou ne sera pas. Elle rappelle la nécessité de mobiliser les réseaux des Suds pour qu’ils puissent participer à l’enrichissement du DDF et de développer les solutions financières pour accompagner les chercheurs et consolider la structuration en réseau. 

Pour Rémy Gerbet, directeur de l’association Wikimédia France, il est tout naturel de soutenir ce projet puisque le DDF réutilise les contenus d’un des projets que Wikimédia France soutient, le Wiktionnaire. L’association a comme objectif de soutenir ce genre de projet de partage de connaissances libre, à visée internationale et francophone.

Conférence inaugurale

Bernard Cerquiglini, président du Conseil scientifique du Dictionnaire des francophones, a ensuite proposé une conférence inaugurale en peignant le tableau des politiques autour des dictionnaires et des trois commandes publiques majeures pour la langue française en France : Académie française (1635), Trésor de la Langue française et son dispositif de production terminologique (1962) et Dictionnaire des francophones (2018). Il analysa finement les différences entre ces différentes commandes publiques en décrivant les personnes impliquées (érudits, scientifiques, francophones), l’audience (Paris, France, Monde), le support (papier, bande magnétique, serveur), les méthodes (rédaction de notices explicatives, dépouillement mécanographique à partir d’un corpus de textes, réédition de travaux déjà publiés) et les intentions (édicter la norme et le bon usage, décrire l’usage, décrire tous les usages collaborativement).

Bernard Cerquiglini pendant la conférence inaugurale

Session matinale

Trois conférences courtes ont été proposées, dédiées à l’environnement numérique francophone du Dictionnaire des francophones, afin de situer le projet dans les différentes dynamiques actuelles, qu’elles soient institutionnelles, technologiques ou de description des usages de la langue.

Thibault Grouas, en sa qualité de chef de la mission Langues et numérique de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) a présenté Exploratio, un jeu produit par Gameloft avec l’appui de la DGLFLF et de l’Office québécois à la langue française qui s’appuie sur le contenu du DDF grâce aux possibilités de requêtages dans le DDF permises par la technologie choisie. Par ailleurs, la DGLFLF est en train de mettre en place un Observatoire des langues de France ainsi qu’un camion itinérant de collecte de voix françaises en partenariat avec Olivier Baude, également membre du conseil scientifique du DDF. La DGLFLF participe également à la mise en place de la Cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts.

Christian Cote, de l’équipe de recherche MARGE, a présenté le projet Lifranum qui porte sur les archives et les corpus de la littérature francophone nativement numérique. Sa mission : recueillir les données et avoir des corpus pour pouvoir mener des études de profondeur sur la francophonie dans l’immensité que constitue le web littéraire (environ 10 000 ressources) dont des écrivains qui ne sont pas publiés par des éditions francophones. Il œuvre en ce moment-même dans le but d’archiver les corpus identifiés, ce qui pourra permettre ensuite d’enrichir le DDF avec des exemples provenant de l’ensemble de la francophonie. 

Claudine Fréchet, linguiste rattachée à l’Institut Pierre Gardette, présenta ses travaux de description des variétés du français dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. Elle a notamment illustré les aires d’usage fines qui peuvent être décrites pour les termes régionaux, grâce à des collectes sur le terrain. Sa publication de 1997, le Dictionnaire du parler de la Drôme est actuellement en cours de traitement dans l’optique d’intégrer plus de 3 200 nouvelles entrées dans le Dictionnaire des francophones.

Session post-prandiale 

Après une pause déjeuner, la session de l’après-midi était en deux temps, d’abord pour finir de situer le Dictionnaire des francophones dans l’Histoire, dans ses espaces géographiques et dans ses intentions politiques, et ensuite pour explorer sous deux angles différents la manière dont le projet est conçu et dont il est utilisé.

De gauche à droite, Comlan Fantognon (Université Grenoble-Alpes), Florine Chatillon, Jean Pruvost, Nadia Sefiane (2IF, Université Jean Moulin Lyon 3) et Noé Gasparini

Jean Pruvost présenta une brève et passionnante histoire des dictionnaires du français, inscrivant le Dictionnaire des francophones dans une histoire mêlant intentions politiques et démarches aussi bien publiques que privées. La fresque peut être résumée avec la période des dictionnaires bilingues, le XVIIe siècle normalisateur, le XVIIIe de l’encyclopédie et de l’ouverture, le XIXe de la démocratisation et des ouvrages portatifs, le XXe avec les publications annuelles et la numérisation. Enfin, le XXIe siècle est porteur d’innovation avec des dictionnaires nativement numériques (Wiktionnaire, Urban Dictionary pour l’anglais, DDF), la gratuité, la disponibilité mondiale, la fédération des forces, l’indépendance politique, financière et idéologique.

Comlan Fantognon, chercheur à l’Université Grenoble Alpes, présenta ses travaux en sociolinguistique et en didactique, et notamment la dynamique PRESLAF d’étude des usages dans plusieurs pays d’Afrique. Il aborda deux axes : la polycentricité du français et les enjeux d’un enseignement du français au sein des divers contextes, intégrant le continuum des pratiques langagières en français. Le rôle du Dictionnaire des francophones dans les dynamiques éducatives n’est pas simple et devrait impliquer davantage la diversité des acteurs qui portent cet enseignement.

Florine Chatillon, autrice du mémoire de Master 2 « Le Dictionnaire des francophones : entreprise politique pour une langue française polycentrique », sous la direction de Thomas Meszaros et stagiaire à l’Institut international pour la Francophonie au printemps-été 2022 présenta le résultat de ses recherches. Sur la base de treize entretiens avec des personnes liées ou non au DDF, elle proposa une analyse allant de la vision de la langue française défendue par le DDF à la gouvernance de la langue, en passant par différentes considérations en sociolinguistique et sciences politiques, caractérisant notamment le DDF comme un promoteur d’un universalisme inclusif alliant universalisme postcolonial et universel latéral. 

Noé Gasparini présenta les différentes approches théoriques et disciplines impliquées dans la conception du Dictionnaire des francophones. Rappelant d’abord brièvement les différents cercles de personnes impliquées (équipe-projet, conseil scientifique, comité de relecture, comité technique, réseau de communication et grand public francophone), il a ensuite présenté les différentes méthodes de production de dictionnaires qui s’hybrident dans le DDF : démarche savante, science participative et projet collaboratif. Afin d’orchestrer cette science collaborative émergente, qui mêle données, interfaces et audiences, de très nombreuses disciplines sont mobilisées (linguistique, ingénierie des connaissances, édition, informatique, droit, pédagogie, etc.), coordonnées autour de trois pôles qui correspondent aux trois personnes de l’équipe-projet : Sébastien Gathier (données), Noé Gasparini (interfaces) et Nadia Sefiane (audiences).

Nadia Sefiane, chargée de communautés du DDF apporta son expertise sur les rapports entre l’objet et son audience, présentant en introduction le sens du mot « communauté » et le rapport forcément personnel qu’entretiennent les francophones avec leurs usages de la langue française. Pour appréhender la diversité de la langue, il est nécessaire de décrire les situations où elle est pratiquée. Il est ensuite nécessaire d’enrichir le DDF grâce à l’implication d’une communauté diverse. Les motifs de contributions sont présentés ainsi que la manière de faire concrètement : utilisation, diffusion, ajout d’informations et de nouvelles définitions, validation des informations correctes, signalement des problèmes. Le lectorat comme le contributorat sont encore en cours de constitution et pour que le Dictionnaire des francophones devienne un bien commun, il a besoin de davantage d’audience.

La journée d’étude s’est terminée sur ces différentes invitations à participer, aussi bien destinées au grand public qu’à la communauté scientifique et aux partenaires institutionnels. En effet, si l’on peut s’accorder à dire que le Dictionnaire des francophones est un objet numérique innovant, novateur et fédérateur, il a vocation à pleinement prendre sa place non seulement comme un moyen de valorisation de la recherche mais aussi comme un véritable objet de recherche.

À revoir

Ci-dessous vous trouverez une liste de lecture qui vous permettra de vous (re)plonger dans cette journée fort enrichissante qui en appellera à d’autres. 

Merci à Sébastien Gathier pour les photographies (CC BY-SA) et à Antoine Montusclat du service Production audiovisuelle de l’Université Jean Moulin Lyon 3 pour la captation et le montage des vidéos !